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la lorgnette: été 2012 - n°3

26 Janvier 2010 , Rédigé par evacor Publié dans #La lorgnette d'Evelyne

Avant de quitter Paris...

N'allez surtout pas voir la Vie Parisienne au Théâtre de Paris, rue Blanche.
C'est pour moi du jamais vu. Certes à la base je ne raffole pas du travail d'Alain Sachs, le metteur en scène, donc je savais prendre des risques sur ce choix, mais je ne m'attendais pas à un tel niveau de médiocrité. Je ne comprends pas comment on peut choisir de monter un ouvrage lyrique (même s'il s'agit d'opérette) sans chanteurs professionnels. Contrairement à ce qu'on peut penser en écoutant les mélodies d'Offenbach c'est une musique délicate à chanter qui nécessite un vrai savoir faire technique. Sur ce spectacle les chanteurs sont remplacés par des danseurs et instrumentistes alors ça bouge dans tous les sens mais l'essentiel qui est quand même la partie chant est catastrophique, criard, pas juste et inconsistant. Même si c'est une bonne idée de transformer les instrumentistes en chanteurs et en danseurs, ça fonctionne si les artistes sont performants dans tous les domaines, ce qui là n'est absolument pas le cas. Tous les tempi, sans exception, sont trop lents et enlèvent tout le pétillant de cette musique, et ce pétillant n'est pas compensé par les danseurs qui bougent bien mais chantent péniblement leurs airs, avec tout un tas de coupures et d'arrangements puisqu'ils sont bien évidemment incapables de les chanter tel qu'ils sont écrits. Alors à quoi ça sert ? et bien mystère, car ce n'est pas plus grand public que les spectacles de Savary (je pense aux séries de l'Opéra Comique il y a quelques années), qui étaient d'un tout autre niveau musical. On est malheureusement dans un nivellement par le bas. A mon sens A.Sachs n'a absolument rien compris à l'essence même de cette oeuvre, qui est drôle, fantasque, pleine d'humour et très tonique. N'en faire une lecture qu'au 1er degré et négliger la musique, c'est impardonnable!

250px-Draner - La Vie Parisienne, un brésilien

Costume du Brésilien par Draner pour la création


C'est la deuxième fois cette saison que je vois une production de très mauvaise qualité au Théâtre de Paris. Dorénavant j'aurai de sérieux doutes sur la qualité de programmation de cette salle, et j'y regarderai à deux fois avant d'y remettre les pieds!

Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, Paris 9ème, le 12 juillet 2012

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la lorgnette: été 2012 - n°2

26 Janvier 2010 , Rédigé par evacor Publié dans #La lorgnette d'Evelyne

REPRISE AU THEÂTRE DEJAZET (PARIS 3ème)

JUSQU'AU 15 NOVEMBRE 2012.

Avant de quitter Paris...

Courez voir le dernier spectacle d'Isabelle Georges:

Broadway enchanté!

C'est au petit Théâtre La Bruyère ( Paris 9ème), un très joli spectacle qui nous emmène voyager dans la comédie musicale, américaine bien-sûr, mais pas seulement... Dès que le rideau s'ouvre on a l'impression d'être à Broadway, puis au fil du spectacle on part dans toutes sortes de styles avec humour, fantaisie, et beaucoup de peps. C'est rythmé, c'est gai, par moment cocasse et extravagant.
Isabelle Georges a tout ce que j'aime dans ce genre. Elle chante merveilleusement, comme les chanteuses de Broadway (ce n'est ni petit ni aseptisé...), elle danse et "claquette" avec brio, son jeu scénique est plein d'humour et de facéties charmantes, elle est ravissante, très expressive, j'ai été conquise immédiatement et de bout en bout.

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Ses 4 musiciens sont excellents. Le pianiste Frederik Steenbrink assure aussi quelques parties de chant, avec talent, mais pas du tout "l'abattage" d'Isabelle Georges, ni sa technique. 

Les costumes sont très réussis:

Ah! sa robe blanche avec le jupon de tulle rouge....

 Les lumières apportent la touche de poésie:  

Ah! le couple en carton qui danse dans la lumière sur le gramophone... 

A voir absolument.  

Jusqu'au 9 août, Théâtre La Bruyère, 5 rue La Bruyère, Paris 9ème

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Avec Frederik Steenbrink, Jérôme Sarfati, Edouard Pennes, David Grébil. 

extraits de Mary Poppins, West Side Story, Chantons sous la pluie, My fair lady, la Mélodie du bonheur....arrangés pour voix-piano-guitare-contrebasse-batterie 

Arrangements:Yann Ollivo et Cyrille Lehn

Scénographie: Nils Zachariasen

Costumes: Axel Boursier

Lumières: Douglas Kuhrt

Son: Xavier Ferri

Paris, 9 juillet 2012

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la lorgnette: été 2012 - n°1

26 Janvier 2010 , Rédigé par evacor Publié dans #La lorgnette d'Evelyne

Avant de quitter Paris…..

Rendez vous au Musée des Arts décoratifs pour visiter la magnifique exposition : Louis Vuitton - Marc Jacobs.

Le 1er niveau consacré à la bagagerie Vuitton est un moment délicieux de rêve devant les malles d’autrefois d’un raffinement exquis.

-Les détails de finition sont fascinants.

-On suit pas à pas l’évolution de la toile rayée vers le célèbre monogramme.

-Les cuirs sont merveilleusement patinés (une belle matière est encore plus belle en vieillissant )

-La malle-lit  nous projette directement dans une expédition africaine…

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Malle-lit Louis Vuitton en toile Damier - 1891

Le bagage quand il est d’un tel luxe de matière , de conception et d’élégance est un voyage intemporel à lui seul.

Au 2ème niveau, on accède à l’univers Vuitton par Marc Jacobs : collection de robes, de sacs, de chaussures dans une scénographie théâtrale extrêmement raffinée.
L’arrivée du côté fashion-branché dans cet univers classique est une réussite sur tous les plans. Même si je n’aime pas forcément toutes les déclinaisons, Marc Jacobs dans ce contexte est un interprète de la marque qui apporte les codes actuels au classicisme de la maison. C’est très brillant d’intelligence dans la conception, la vivacité , la diversité des propositions. A mon sens, tout travail de création implique un mouvement dans les codes et le grand créateur est celui qui par sa personnalité enrichit ces codes sans les perdre. En tant que musicienne professionnelle, l’esprit créatif dans l’interprétation me parle profondément et je le trouve particulièrement  élaboré chez Marc Jacobs.

Je dis souvent que la mode, à ce niveau de raffinement est un art : en sortant de cette exposition cela me paraît indiscutable.

Mon coup de cœur 

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Sac Eye Miss You en toile Eye Love. Monogram créé en collaboration avec Takashi Murakami.

Printemps été 2003

 Je  connaissais cette collection mais je n’avais pas fait le rapprochement avec Takashi Murakami qui est un artiste dont l’univers m’est totalement hermétique. Et bien je peux dire maintenant qu’il ne m’est plus aussi étranger car j’adore cette déclinaison du monogramme !

Jusqu’au 16 septembre 2012 au Musée des Arts décoratifs, 107 rue de Rivoli, Paris 1er

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la lorgnette: si on sortait au théâtre ?

26 Janvier 2010 , Rédigé par evacor Publié dans #La lorgnette d'Evelyne

imagesGraphiste affiche: Terence Jones           Photos: Gaspard Leclerc

Quand j’étais adolescente j’ai demandé à être abonnée à la revue avant-scène théâtre. Je recevais donc ma revue comportant le texte intégral d’une nouvelle pièce de théâtre,  je crois tous les 15 jours. L’arrivée de cette revue était pour moi un moment d’enthousiasme très personnel. Je savais que j’allais trouver un  endroit pour m’isoler quelques heures (j’avais la chance de vivre dans une maison où je pouvais trouver de vraies cachettes !) et savourer seule cette nouvelle lecture. Je pense que ce qui me plaisait le plus dans la lecture d’une pièce c’était la facilité avec laquelle je pouvais créer des images, des décors, une scénographie dans mon imaginaire et vivre longuement avec les personnages qui prenaient pied dans ma vie réelle. Même si la lecture était mon passe temps favori le théâtre était plus vivant pour moi qu’un livre. J’ai lu toutes sortes de choses, qui m’ont fait rire, qui m’ont émue, d’autres que je n’ai pas très bien comprises, mais mon enthousiasme était constant. Pour des raisons de place je me suis séparée de ces piles de pièces, je le regrette encore, tant elles ont nourri ma curiosité et mon besoin d’évasion pendant de nombreuses années.

Vu cette semaine, deux pièces à l’affiche depuis pas mal de temps :

- Les liaisons dangereuses, d’après Choderlos de Laclos   au théâtre de l'Atelier/Charles Dullin - Paris

Adaptation pour le théâtre : Christopher Hampton - Adaptation française : Fanette Barraya

Pourquoi cette pièce ?

pour la mise en scène de John Malkovich: 

 exceptionnel !

John Malkovich : il est tout à fait inoubliable dans le rôle de Valmont du célèbre film de Stephen Frears, mais c’est avant tout un grand homme de théâtre. J’ai adoré sa mise en scène : les acteurs sont en permanence en scène. Soit ils sont dans l’action, soit ils contemplent l’action. En contemplant ils échangent des regards qui commentent, ou jouent une situation parallèle, et offrent ainsi de nombreuses actions périphériques: ce qui donne une présence, une diversité et aussi un humour formidable au spectacle. En conséquence, les scènes très dénudées deviennent drôles au lieu de nous plonger dans un voyeurisme de mauvais goût. Les costumes très originaux, mêlant jean et costume de style présentent eux aussi deux visages : le costume fini et le costume inachevé, et apportent dans un premier temps une vision décadente de cet univers, dans un deuxième temps une vision beaucoup plus humoristique. La mise en scène fait fortement ressortir la drôlerie de cet univers pervers, enlève son côté grinçant ou moraliste, c’est épatant, ce n’est pas du tout le parti-pris de Frears: cette vision m’a beaucoup plu. Le casting de comédiens est en tout point réussi. Peu connus pour la plupart, il s’en dégage, je pense aussi grâce à la mise en scène, une forte cohésion de troupe, c’est très palpable et agréable. Je cite Yannick Landrein dans le rôle du Vicomte de Valmont et Julie Moulier dans celui de la Marquise de Merteuil, tous les deux d’une présence saisissante. J’espère au plus vite les revoir sur scène !

Avec: Sophie Barjac: Madame de Rosemonde / Rosa Bursztejn: Cécile de Volanges / Jina Djemba: Madame de Tourvel / Lazare Herson-Macarel: Azolan / Mabô Kouyaté: Chevalier Danceny / Yannick Landrein: Vicomte de Valmont / Pauline Moulène: Madame de Volanges / Julie Moulier: Marquise de Merteuil / Lola Naymark: Emilie

Décor: Pierre-François Limbosch / Costumes: Mina Ly / Lumières: Christophe Grelié / Musique: Nicolas Errèra / Maître d'armes: François Rostain

Théâtre de l'Atelier, mardi 15 mai 2012

 

- Vous avez quel âge ? de Françoise Dorin au théâtre de Paris, rue Blanche

Avec: Jean Piat

La catastrophe: une heure et demi de salmigondis de lieux communs et de vulgarité. Quelques heureuses citations par-ci par-là,  mais  le texte n'a aucune consistance et le comédien non plus. C'est long et je me suis ennuyée du début à la fin: du verbiage de comédien qui s'écoute parler,  mortel! En plus la voix est sonorisée ce qui modifie considérablement l'impact et la mise en scène (Stéphane Hillel) est inexistante. Le texte fait sans cesse allusion à la légèreté, mais la légèreté ça fonctionne s'il y a de la matière, sans matière c'est du vent.
Un spectacle à fuir à toutes jambes....

Théâtre de Paris, jeudi 17 mai 2012 

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la lorgnette: Passion selon Saint-Jean

26 Janvier 2010 , Rédigé par evacor Publié dans #La lorgnette d'Evelyne

Vincent LecornierVincent Lecornier


BACH- La Passion selon Saint Jean

mercredi 18 avril 2012 à 20h30 


Très beau concert hier soir à la basilique Sainte-Clotilde (Paris, 7ème), l'oeuvre est monumentale, inspirée et émouvante. 

Je passerai le plus vite possible sur les erreurs de casting notoires de la distribution: Barbara Vignudelli, Brigitte Vinson et Marc Fouquet. Les solistes ont été choisis sur audition interne, c'est à dire qu'ils sont tous membres du Choeur de Radio-France. C'est un procédé très louable, mais il y a une montagne entre être un bon choriste et être soliste.

Je ne fais aucun commentaire sur les émissions vocales, dont la diversité est plutôt enrichissante, mon propos est très basique: je suis auditeur, je viens pour recevoir or ces trois chanteurs ne donnent rien, bénéficient vaguement de la beauté de l'écriture de Bach, surtout dans le deuxième air des femmes, mais aucune personnalité vocale ne surgit, aucun don de quoi que ce soit, c'est transparent.

Et puis chanter le nez dans sa partition: NON, pas à ce niveau là.

J'ai intérieurement remercié le chef d'avoir donné tous les airs de basse à Jésus, car souvent on les répartit entre Jésus et Pilate: merci merci monsieur Brauer pour ce choix, et dommage, monsieur Brauer d'avoir choisi ces trois chanteurs. Je pense sincèrement qu'on pouvait trouver dans le très beau Choeur de Radio-France d'autres chanteurs plus charismatiques...

Le meilleur:

- Le Choeur de Radio-France, excellent du début à la fin, dans une partition qui n'est pas vraiment son répertoire, BRAVO !

- Pascal Bourgeois, ténor au très joli timbre, pas toujours à l'aise dans cet univers, mais de jolis phrasés, des moments plein d'émotion, BRAVO !

- Adrian Brand, l'Evangéliste, nous offre une vraie générosité d'émission, de très jolies couleurs, beaucoup d'engagement dans ce rôle omniprésent, BRAVO !

- Vincent Lecornier, dans le rôle de Jésus (on pourra penser que je manque d'objectivité mais c'est faux): de bout en bout l'émission est généreuse, on a un vrai investissement de rôle, un charisme évident, une palette de couleurs vocales de rêve, c'est juste ce que j'attends dans ce rôle, la grande classe, BRAVO !

Mes regrets:

L'orchestre, constitué pour l'occasion, au son pâteux, qui englue parfois les chanteurs, une justesse approximative, aucune brillance...

Le chef, Matthias Brauer: peut-être un petit manque d'envergure pour justement gérer l'orchestre, mais je ne peux que saluer la préparation excellente du choeur.
En revanche quel dommage les tempi du dernier choeur, Ruht wohl, et du dernier choral. C'est un moment d'élévation spirituelle, à la fin de la Passion et à cette allure là on en perd toute la mystique, c'est un peu frustrant !

(Paris, 19 avril 2012)

 

Même si rien ne remplace le live:

Ce concert sera diffusé sur France Musique vendredi 11 mai 2012 à 14h00.

Il est aussi diffusé pendant 1 mois sur francemusique.com

 

Distribution:

Barbara Vignudelli, Soprano
Brigitte Vinson, Alto
Adrian Brand, Ténor (Evangéliste)
Pascal Bourgeois, Ténor (Servus et airs)
Vincent Lecornier, Basse (Jésus et airs)
Marc Fouquet, Basse (Pilatus et Pierre)

Chœur de Radio France
Ensemble baroque
direction: Matthias Brauer



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la lorgnette: Enfin !

26 Janvier 2010 , Rédigé par evacor Publié dans #La lorgnette d'Evelyne

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(Représentation de Don Pasquale à Londres - illustrated London News, 8 juillet 1843)


Enfin ! enfin ! une mise en scène inventive, vivante, détaillée, « ciselée » comme dirait mon amie Agnès-Laure avec  qui j’ai partagé ce très très beau moment musical et visuel. C’était lundi 13 février 2012 à la 1ère de Don Pasquale de Donizetti  au Théâtre des Champs-Elysées.

Mise en scène de Denis Podalydès (Sociétaire de la Comédie Française) remarquablement fouillée et précise, qui sert l’œuvre, la rend vivante, drôle, ce qu’elle est.  Je le cite : « La voix, c’est le plaisir ultime : le plus grand en tant qu’acteur et en tant qu’homme de théâtre. Car quand la voix l’emporte, prend possession du corps tout entier, alors jaillit une beauté monstrueuse, qui moi me transporte. A l’Opéra Comique, lorsque j’ai vu pour la première fois un chanteur donner de la voix et tout donner à sa voix pour ne faire qu’un avec elle, j’ai été totalement bouleversé. Cette expérience restera longtemps pour moi de l’ordre du plaisir intense ».

Le décor (Eric Ruf) plein de charme contribue au plaisir visuel, les chorégraphies (Cécile Bon) franches ou esquissées sont d’un justesse réjouissante, les chanteurs chantent et jouent avec un engagement communicatif, on sent qu’ils sont heureux ; ils communiquent parfaitement leur enthousiasme, résultat : on sort du spectacle joyeux,  et plein d’énergie.

Les chanteurs sont tous excellents, la palme pour Alessandro Corbelli (Don Pasquale) et Gabriele Viviani (Malatesta), leur duo en deuxième partie est franchement enthousiasmant, et pour le Chœur de Radio-France qu’on n’est pas habitué à voir sur scène, qui est vraiment excellent, voix et jeu.


Le bémol: j’attendais beaucoup des costumes de Christian Lacroix.
En première partie, je dirais « bof »: à part la veste de Malatesta aux surpiqûres apparentes, très stylée, et 
le voile blanc de Norina, un classique de Lacroix, mais très joliment mis en valeur par la mise en scène. Le premier costume de Norina (Désirée Rancatore) est un ratage complet : c’est son entrée, l’air est difficile, elle est plantée en avant scène dans son jean moulant absolument pas sexy, et du coup ses minauderies deviennent presque vulgaires, elle n’est pas à l’aise, ça se voit, ça s’entend, je trouve que là elle est vraiment abandonnée par le metteur en scène et le costumier, c’est dommage d’autant qu’au fil de l’ouvrage elle se révèle très convaincante. La deuxième partie est beaucoup plus réussie, entre autres les tenues du chœur, adéquates et raffinées.

Néanmoins, ce bémol n’enlève rien à la qualité globale très homogène du spectacle : une grande réussite !


Don Pasquale - Gaetano Donizetti / Théâtre des Champs Elysées (Paris)

représentations les 13, 15, 17, 21 et 23 février à 19h30,

et 19 février à 17h00

Enrique Mazzola: direction musicale

Denis Podalydès: mise en scène

Eric Ruf: scénographie

Emmanuel Bourdieu: dramaturgie

Christian Lacroix: costumes

Cécile Bon: chorégraphie

Stéphane Daniel: lumières

Alessandro Corbelli: Don Pasquale

Désirée Rancatore: Norina

Gabriele Viviani: Dr Malatesta

Francesco Demuro: Ernesto

Richard Tronc: le notaire

Orchestre National de France

Choeur de Radio-France, direction Nathalie Steinberg

France Musique diffuse cet opéra en direct

mercredi 15 février 2012 à 19h30

Arte et Arte Live Web diffusent ce spectacle  

vendredi 17 février 2012 à 22h10

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la lorgnette: j'avais oublié

26 Janvier 2010 , Rédigé par evacor Publié dans #La lorgnette d'Evelyne

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Vasily Petrenko (photograph:Mark McNulty/PR)


J'avais oublié que la musique orchestrale pouvait être aussi enthousiasmante. Depuis longtemps je privilégie les concerts vocaux sous toutes formes car la voix m'émeut davantage. C'est donc d'une manière absolument inattendue que j'ai vibré comme jamais au son de l'orchestre philharmonique de Radio-France vendredi dernier à la salle Pleyel.
J'étais venue pour écouter le Chant des Forêts de Chostakovitch, oeuvre mineure "de propagande": quelques jolis passages (entre autres l'air du ténor n°6, la Promenade future), mais bien que ce soit magnifiquement chanté (excellent choeur de Radio-France), ça ne décolle pas vraiment,  il est clair que le compositeur est bridé.

En deuxième partie du concert figuraient les suites 1 et 2 d'après le ballet Roméo et Juliette op.64 de Prokofiev:  un choc!  La musique:  extraordinaire partition, d'une densité rythmique, d'une âpreté de timbres, d'une poésie... L'orchestre philharmonique que j'aime toujours beaucoup explosait: une violence à l'état brut, fascinante, puis des moments d'une tendresse qui mettait les larmes aux yeux... Je suis passée par toutes sortes d'états, c'était plein de force de vie, l'impression en sortant d'avoir enrichi mon corps, ma tête et mon coeur, ouah !

Et que dire de Vasily Petrenko, jeune chef au physique de dandy, qui canalise tout ça avec poigne, douceur, et une folle élégance ??? 

 - que je me précipite à son prochain concert à Paris... 

 - et qu'il faut se jeter sur arte web pour le voir de face !

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(photograph: Mark McNulty)

vendredi 12 février 2012, Paris - Salle Pleyel

diffusé en direct sur France Musique

liveweb.arte.tv/fr/video

 

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la lorgnette: naissance d'une nécessité

26 Janvier 2010 , Rédigé par evacor Publié dans #La lorgnette d'Evelyne

480415 fabrice-luchini Fabrice Luchini (DR)

C'est amusant de ne pas savoir comment, tout soudain,  nait une nécessité.
Je pense avoir vu des affiches, des articles, mais je ne sais absolument pas comment il y a environ deux mois, l'idée d'aller voir ce spectacle s'est imposée: 
Luchini - La Fontaine, au Théâtre de l'Atelier.

Et surprise, j'ai trouvé une place pour le vendredi 3 février à 16h00.  Un vendredi à 16h00 !!! Comme dit Luchini: "alors là, vendredi à 16h00, par  -8, c'est du public pointu..."

J'ai passé deux heures merveilleuses grâce au comédien, et grâce à l'homme.

Le comédien: technique d'élocution théâtrale éblouissante, à tel point qu'au début du spectacle je n'écoutais pas vraiment les mots, mais la rythmique des mots. J'adore ses choix littéraires, j'adore ses redites, qui font que grâce à la répétition de certains passages on peut en saisir la profondeur, ou la finesse, l'humour aussi, qui peuvent échapper dans un déroulement linéaire. J'adore sa voix, qui module très largement mais toujours avec une grande projection, et qui passe aisément et rapidement de la grandiloquence au murmure: c'est plus que brillant, c'est saisissant et émouvant. Et quelle bonne idée de parsemer l'univers La Fontaine de Nietzsche, Baudelaire, ou Céline. Ces apartés sont de vraies respirations stylistiques et musicales.

L'homme: la conception même du spectacle, textes avec transitions sur canevas d'improvisation fonctionne à merveille car l'homme est plein de dérision, d'insolence, de bon sens sur l'être humain, et son discours fait vaciller la salle d'éclats de rire irrépressibles à réflexions diverses sur le comportement humain: une variété incroyable de propositions, un peu de cabotinage aussi, mais tellement élégant... C'est une immersion dans la saveur et la rythmique de la langue française.
Je m'aperçois d'ailleurs que je suis de plus en plus sensible au rythme en général: rythme de la musique évidemment, mais aussi rythme d'un spectacle, sans lequel on s'ennuie vite, rythme d'une langue.
Avec Luchini on est du début à la fin dans l'excellence et la consistance: quelle intelligence ! 

 

Paris, Théâtre de l'Atelier, vendredi 3 février 2012 à 16h00

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la lorgnette: Agrippine

26 Janvier 2010 , Rédigé par evacor Publié dans #La lorgnette d'Evelyne

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Agrippineopéra de Georg Friedrich  HAENDEL

« Je ne désirais pas le pouvoir pour les plaisirs ou les avantages qu’il procure, la satisfaction secrète de se sentir au-dessus de tous.
Certes, il ne me serait pas désagréable de pouvoir penser que les lois n’étaient pas faites pour moi, mais avant tout, il me semblait juste que nous les héritiers du dieu Auguste, nous conservions le rang que nous avait assigné la divinité...» 

 (Pierre Grimal - Mémoires d’Agrippine)

Tout un programme donc que cette héroïne de l’opéra de HAENDEL, à la fois rusée, déterminée, perverse et très séduisante…

Il est souvent difficile chez Haendel de construire un spectacle maintenant une attention dramatique car l’écriture qui est une succession d’airs et de récitatifs est éminemment statique.Certains ouvrages portent un souffle plus épique et sont plus « scéniques »  que d’autres ( je pense particulièrement à Jules César ).

Cette œuvre, Agrippine, que je n’avais jamais vue sur scène, ni entendue d’ailleurs, typique du genre dramma per musica manque justement, à mon sens, de consistance dramatique. Ce n'est pas vraiment à cause du sujet ( les méandres des manigances d’Agrippine pour que son fils Néron soit proclamé par Claude, futur empereur de Rome ), mais à cause du genre, qui fait se succéder un nombre incroyable d’airs plus vocalisants/éblouissants les uns que les autres, et l’on doit attendre tout de même le 2ème acte pour sortir de cette agilité non stop et entendre enfin un air plus émouvant ( air d’Ottone ).

La virtuosité a ses limites : c’est beau, c’est bluffant, mais c’est quand même un peu toujours la même chose, avec, heureusement, des voix différentes.

Ici, les trois rôles principaux étaient tenus respectivement par : Alexandra Coku (Agrippina), Renata Pokupic (Nerone), et Sonya Yoncheva (Poppea) : on est dans la cour des grands !

Chacune est exemplaire dans sa ligne de chant, dans sa maîtrise de la virtuosité, dans son engagement scénique ( mise en scène moderne de Jean-Yves Ruf ) , avec des moments assez méritoires (était-ce bien la peine de demander à Poppée de se dévêtir ???). Il me semble que la suggestion maintient une poésie plus raffinée que l’exhibition… et un vrai coup de cœur pour la voix chaude, généreuse, très projetée de Sonya Yoncheva, qui nous donne en spectacle des colères vocalisantes comme on rêverait d’en faire !

De plus elles sont toutes les trois superbes, ce qui est un plaisir supplémentaire.

J’en profite pour souligner l’élégance des costumes d’Agrippine et Poppée, d’une fluidité extrêmement féminine et gracieuse : j’ai dans l’oeil la robe noire avec bretelles assymétriques d’Agrippine (acte2), d’une sobriété de ligne vraiment magnifique, la robe blanche de Poppée à l’acte 3 (ci-dessus), si vaporeuse et sensuelle: un vrai bonheur des yeux (costumes Claudia Jenatsch).

Le Concert d’Astrée, sous la direction inspirée d’Emmanuelle Haïm au passage je me demande comment elle fait pour ne pas avoir de problèmes de dos, tellement la position du haut du corps et la tenue des bras sont tendus ! ) est en tous points remarquable : rondeur de son, tonicité… ainsi que le continuo, plein d’élans et de ponctuations énergiques.

 

Opéra de Lille, le 5 novembre 2011

 Représentations les 5, 7 et 9 novembre à 19h30 

Coproduction Opéra de Dijon, Opéra de Lille

 

1 commentaire le 15-11-2011Karen Monny

"Je trouve vraiment vos commentaires très personnels et vivants, on s'y croirait....... et on a très fort envie d'y être! Vais-je prendre le train pour assister à une représentation à Lille? dommage c'est déjà trop tard..en tout cas j'aurais aussi adoré voir les robes, ça donne super envie!"

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la lorgnette: Faust

26 Janvier 2010 , Rédigé par evacor Publié dans #La lorgnette d'Evelyne

250px-ALAGNA-24x30-2004J’ai eu cette semaine l’occasion de vivre une expérience intéressante : j’ai regardé la diffusion du Faust de Gounod en direct de l’Opéra Bastille, diffusion sur FR3 , et quelques jours plus tard j’ai été le voir à l’Opéra.
Ce qui est amusant c’est que la télévision nous propose pratiquement tout le temps des gros plans et Bastille étant un immense vaisseau, j’avais dans la salle une vision et une écoute globale.

Le live reste inégalable, mais l’idéal c’est de voir les deux…

Car les gros plans permettent une belle lisibilité du jeu d’acteur, beaucoup de finesse et de délicatesse pour les uns beaucoup de stéréotypes pour les autres, et tout ça est estompé en salle surtout dans une salle comme celle de Bastille.

La mise en scène comportait passagèrement à l’écran quelques vulgarités, celles-ci deviennent très anecdotiques dans la salle et la globalité mise en scène/décors/lumières est très esthétique.
J’avais beaucoup aimé Roberto Alagna (Faust), Paul Gay (Méphisto) et Tassis Christoyannis (Valentin) et j’étais disons plus réservée sur le reste de la distribution.
Eh bien la bonne surprise c’est qu’en salle j’ai aimé les mêmes et j’ai été plus sensible à la voix d’Inva Mula (Marguerite) au registre aigu remarquable qui devient saisissant en live, et dont le jeu stéréotypé qui passait mal l’écran est très amélioré par la distance.

La qualité de voix et de phrasé est très bonne, malgré une diction très approximative et peut-être aussi un manque d’émotion.

Je reste réservée sur le rôle de Siebel , Angélique Noldus, car bien que la voix soit belle, le parti-pris de faire chanter ce rôle par un soprano banalise beaucoup le fameux air qui ouvre le  2nd acte « faites-lui mes aveux », qui manque vraiment de rondeur.

Ce que je n’ai pas aimé :la mise en scène du départ où le vieux Faust est joué par un comédien. Alagna qui chante en off est désservi par cette disposition (en réalité il est sur scène caché dans un caisson, mais la présence de la voix n’est pas la même !) et de ce fait le personnage de Faust met un peu de temps à prendre son ampleur, alors que c’est vraiment le répertoire d’Alagna, c’est magnifiquement chanté, très finement interprété, et je dois dire que la vision télé m’a beaucoup réjouie en ce qui le concerne car j’ai trouvé sa palette d’expressions scéniques très fine, très subtile, avec entre autres des regards d’une intensité assez rare.

En revanche HARO sur le chef, Garrett Keast qui ne tient pas l’orchestre, se laisse déborder par son ampleur qui couvre par moment les voix ce qui est vraiment inacceptable, et qui occasionne quelques décalages regrettables avec le chœur pourtant excellent.

Je terminerai par quelques remarques de spectateurs, qui font frémir ….

« Alagna c’est moyen… », « le spectacle manque de pep »... si ça c’est moyen, au secours! ou bien serait-ce encore une fois l’expression du snobisme parisien, aïe aïe aïe ! en tout cas l’ensemble de la salle a ovationné cette production, ouf ça rassure !

Et pour finir je me livre à une pensée réjouissante : ma meilleure amie est directrice médicale d’un gros labo cosmétique, j’ai donc eu l’occasion de côtoyer un monde particulier de gens de tous âges obsédés par leur apparence et par les marques du temps (c’est dire si le thème de la jeunesse éternelle est moderne !), il faudrait les envoyer écouter Faust, ça calme bien des fantasmes….

 

Faust de Gounod

Diffusion en direct sur FR3 le 10 octobre 2011

Commentaire sur la représentation du 13 octobre 2011 à l’Opéra Bastille

Distribution :

Roberto Alagna Faust

Paul Gay Méphistophélès

Inva Mula Marguerite

Tassis Christoyannis Valentin

Angélique Noldus Siebel

Marie-Ange Todorovitch Dame Marthe

Alexandre Duhamel Wagner

 

Garrett Keast Direction musicale

Jean-Louis Martinoty Mise en scène

Johan Engels Décors

Yan Tax Costumes

Fabrice Kebbour Lumières

Patrick Marie Aubert Chef de Choeur

 

1 commentaire sur cette lorgnette:   "ça y est j'ai pris le temps de lire votre billet d'humeur sur Faust à la Bastille...et je le trouve excellent. La fin qui met en perspective le thème de Faust avec les préoccupations actuelles de jeunesse physique éternelle est vraiment très bonne et très caustique( et le snobisme des parisiens au théatre et à l'Opéra oh la la! je suis d'accord c'est chiant). Je suis ravie! Et je regrette de n'avoir ni la retransmission ni le live...." ( Karen M. - Montreuil - 20 octobre 2011)

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