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la lorgnette: Agrippine

26 Janvier 2010 , Rédigé par evacor Publié dans #La lorgnette d'Evelyne

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Agrippineopéra de Georg Friedrich  HAENDEL

« Je ne désirais pas le pouvoir pour les plaisirs ou les avantages qu’il procure, la satisfaction secrète de se sentir au-dessus de tous.
Certes, il ne me serait pas désagréable de pouvoir penser que les lois n’étaient pas faites pour moi, mais avant tout, il me semblait juste que nous les héritiers du dieu Auguste, nous conservions le rang que nous avait assigné la divinité...» 

 (Pierre Grimal - Mémoires d’Agrippine)

Tout un programme donc que cette héroïne de l’opéra de HAENDEL, à la fois rusée, déterminée, perverse et très séduisante…

Il est souvent difficile chez Haendel de construire un spectacle maintenant une attention dramatique car l’écriture qui est une succession d’airs et de récitatifs est éminemment statique.Certains ouvrages portent un souffle plus épique et sont plus « scéniques »  que d’autres ( je pense particulièrement à Jules César ).

Cette œuvre, Agrippine, que je n’avais jamais vue sur scène, ni entendue d’ailleurs, typique du genre dramma per musica manque justement, à mon sens, de consistance dramatique. Ce n'est pas vraiment à cause du sujet ( les méandres des manigances d’Agrippine pour que son fils Néron soit proclamé par Claude, futur empereur de Rome ), mais à cause du genre, qui fait se succéder un nombre incroyable d’airs plus vocalisants/éblouissants les uns que les autres, et l’on doit attendre tout de même le 2ème acte pour sortir de cette agilité non stop et entendre enfin un air plus émouvant ( air d’Ottone ).

La virtuosité a ses limites : c’est beau, c’est bluffant, mais c’est quand même un peu toujours la même chose, avec, heureusement, des voix différentes.

Ici, les trois rôles principaux étaient tenus respectivement par : Alexandra Coku (Agrippina), Renata Pokupic (Nerone), et Sonya Yoncheva (Poppea) : on est dans la cour des grands !

Chacune est exemplaire dans sa ligne de chant, dans sa maîtrise de la virtuosité, dans son engagement scénique ( mise en scène moderne de Jean-Yves Ruf ) , avec des moments assez méritoires (était-ce bien la peine de demander à Poppée de se dévêtir ???). Il me semble que la suggestion maintient une poésie plus raffinée que l’exhibition… et un vrai coup de cœur pour la voix chaude, généreuse, très projetée de Sonya Yoncheva, qui nous donne en spectacle des colères vocalisantes comme on rêverait d’en faire !

De plus elles sont toutes les trois superbes, ce qui est un plaisir supplémentaire.

J’en profite pour souligner l’élégance des costumes d’Agrippine et Poppée, d’une fluidité extrêmement féminine et gracieuse : j’ai dans l’oeil la robe noire avec bretelles assymétriques d’Agrippine (acte2), d’une sobriété de ligne vraiment magnifique, la robe blanche de Poppée à l’acte 3 (ci-dessus), si vaporeuse et sensuelle: un vrai bonheur des yeux (costumes Claudia Jenatsch).

Le Concert d’Astrée, sous la direction inspirée d’Emmanuelle Haïm au passage je me demande comment elle fait pour ne pas avoir de problèmes de dos, tellement la position du haut du corps et la tenue des bras sont tendus ! ) est en tous points remarquable : rondeur de son, tonicité… ainsi que le continuo, plein d’élans et de ponctuations énergiques.

 

Opéra de Lille, le 5 novembre 2011

 Représentations les 5, 7 et 9 novembre à 19h30 

Coproduction Opéra de Dijon, Opéra de Lille

 

1 commentaire le 15-11-2011Karen Monny

"Je trouve vraiment vos commentaires très personnels et vivants, on s'y croirait....... et on a très fort envie d'y être! Vais-je prendre le train pour assister à une représentation à Lille? dommage c'est déjà trop tard..en tout cas j'aurais aussi adoré voir les robes, ça donne super envie!"

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