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CONCERT EXCEPTIONNEL - BACH

20 Novembre 2019 , Rédigé par evacor Publié dans #La lorgnette d'Evelyne

Après un concert comme celui-ci un rayon de soleil est arrivé dans mon âme. C'est la grandeur de Bach.

La Messe en Si est une somme, une somme de complexité, une somme d'émotions, une somme d'architecture, une somme de pureté. J'ai très peu entendu dans ma vie une telle qualité globale de performance artistique, parce qu'en réalité on dépasse la performance. C'est là que s'entend la grandeur: la grandeur de Bach et la grandeur du Maestro Leonardo Garcia Alarcon qui sait expliquer, mener, insuffler à son équipe une unité, une force, un engagement, qui nous amène à un essentiel.

N'oublions pas, comme le dit si bien le maestro Alarcon, que la musique qui nourrit notre âme a une place fondamentale dans nos vies et dans nos sociétés, aujourd'hui plus que jamais.

Lien pour le concert du 22 novembre 2019:

https://www.francemusique.fr/concert/maison-de-la-radio-auditorium-bach-flores-beate-kielland-bundgen-pregardien-wolf-crf-op-de-rf-garcia-alarcon

 
 
Un très grand chef.
Une très grande oeuvre.
Chanteurs et instrumentistes hyper pros !
 
MESSE EN SI DE BACH
Direction Leonardo Garcia Alarcon
 
VENDREDI 22 NOVEMBRE
SAMEDI 23 NOVEMBRE
AUDITORIUM DE RADIO FRANCE - 20H00
 
 
Choeur de Radio France
Orchestre Philharmonique de Radio France
Mariana Flores - soprano
Marianne Beate Kielland - mezzo soprano
Julien Prégardien - ténor
Andreas Wolf - baryton basse
 

Le Chœur de Radio France est, avec l'Orchestre philharmonique de Radio France, l'Orchestre National de France et la Maîtrise de Radio France, l'une des quatre formations permanentes de Radio France.

Le Chœur de Radio France est le seul chœur professionnel permanent à vocation symphonique. Son effectif est de 93 artistes lyriques. Il est le plus souvent associé aux trois autres formations de Radio France et se produit également avec d'autres orchestres, ou seul, lors de concerts a cappella, ou avec accompagnement réduit.

Concert diffusé en direct sur France Musique vendredi 22 novembre 2019

5 étoiles
La Messe en si à Radio France, une cérémonie brillante et profonde
Par 25 novembre 2019
L’élaboration de la Messe en si s’étale sur plus de vingt ans. Durant cette période, Bach a puisé dans de nombreux mouvements de cantates adaptés au goût du jour et complété l’œuvre monumentale de nouvelles compositions. Pluralité de styles sur le plan musical, manifeste d’une pensée œcuménique qui dépasse l’hommage au seul culte catholique, la Messe n’a cessé de fasciner depuis sa tardive publication en 1845. Leonardo García Alarcón a déjà dirigé l’œuvre avec le chœur de chambre de Namur et la Cappella Mediterranea, participant naturellement au grand mouvement de l’exécution historiquement informée sur instruments anciens. On pouvait donc s’interroger sur la pertinence d’un projet confié aux forces considérables du Chœur de Radio France et de son Orchestre Philharmonique. L’équilibre idéal des cordes et des vents, la saveur de la trompette et du cor naturels, la transparence d’un chœur rompu à la vocalisation rapide allaient-ils faire place à des textures plus épaisses et moins mobiles, à des modes de jeu parfaits dans Mahler mais si éloignés de la « vraye manière de mener l’archelet » dont nous parle Muffat ?

Le mystère s’est vite dissipé dans le « Kyrie », dont l’introduction lancée dans une mystérieuse obscurité donne l’esprit de la soirée : celui d'une cérémonie grandiose où l’art du chef saura parfaitement calibrer les forces, obtenir d’impalpables pianissimo du choeur, construire une sonorité d’ensemble superbe et remarquablement articulée. La disposition de l’orchestre a été soigneusement étudiée en fonction des équilibres, les solistes instrumentaux se joignent aux chanteurs dans une scénographie fluide, les solistes doublent à l’avant-scène certains chœurs pour apporter un surcroît de définition.

Dans les chœurs brillants dont la partition regorge (« Gloria », « Et resurrexit »), le chef parvient à donner une profondeur sonore et une tension exemptes d’agitation. L’expression d’une joie irrésistible transcende des choristes manifestement ensorcelés par la battue discrète et efficace d'Alarcón, le faste et la ferveur sont au rendez-vous. Les entrées fuguées font valoir un pupitre de ténors particulièrement homogène (entrée du « Credo »), ailleurs la superbe articulation des cordes soutient un « Et incarnatus est » d’anthologie et, pour une fois, le climat de désolation du « Crucifixus » est davantage exprimé par un éclairage nuancé des modulations que par l’insistance sur le mot. La gestion des tempos lents est admirablement négociée : nulle baisse de tension ne vient troubler le « Et in terra pax » ou l’impressionnant « Dona nobis pacem ».

Sur le plan de la caractérisation des airs, Alarcón confirme sa profonde affinité avec l’univers du cantor. Le phrasé des violoncelles, le relief des bassons dans le « Quoniam tu solus sanctus » apportent un éclairage inédit au noble chant du baryton-basse Andreas Wolf qui se joue des vocalises dans une tessiture difficile. Ce luxe sonore de l’écrin instrumental fera pardonner le soprano parfois serré de Mariana Flores ou l’intonation légèrement imprécise du contre-ténor Paulin Bündgen dont le timbre apporte cependant à l’« Agnus Dei » une belle intériorité. Marianne Beate Kielland semble quant à elle plus à l’aise dans les mélismes du magnifique « Laudamus te » dont elle livre une lecture radieuse et, là encore, le violon de Ji Yoon Park éblouit par sa virtuosité parfaite et la pertinence stylistique du phrasé. En grande forme, Julian Prégardien offre un « Benedictus » d’une intensité expressive rare, parfaitement accompagné par l’admirable violoncelle d’Eric Levionnois et la flûte moderne de Magali Mosnier dont le chant ne fait pas un instant regretter le plus expert traverso.

Capable de communiquer un éventail d’informations assez impressionnant à chaque pupitre (et sans partition !), Alarcón a su prouver qu’en matière de musique ancienne il ne faut pas confondre les moyens et les objectifs. Profondément pensé et construit, ce Bach présente toutes les facettes d’articulation, de phrasé, de plans sonores nécessaires à la beauté et à la communication du sentiment et rend ce soir la question de l’instrument moderne ou ancien bien secondaire.

Publié par andika

"Dona nobis pacem" (Donne nous la paix), ainsi s'achève la monumentale Messe en Si de Bach. Et le chef argentin, Leonardo García Alarcón, ne se trompe pas en bissant ce passage à l'issue du concert triomphal qui a eu lieu le samedi 23 novembre 2019 à l’auditorium de Radio France. A la tête de l'Orchestre Philharmonique et du Chœur de Radio France, il est parvenu à trouver des équilibres parfaits tout au long des près de deux heures que dure cette œuvre. Mais plus encore que la musique, c'est le propos plein de sagesse qu'il a adressé au public à l'issue du concert qui nous marquera. En précisant que la culture est ce qui nous unissait et nous transcendait tous, en précisant par exemple que c'est au plus fort de la crise économique en Argentine qu'il se jouait le plus de pièces de théâtre à Bueno Aires. La ville était même devenue en 2001 l'endroit au monde où l'on jouait le plus de pièces, plus qu'à New York !

La Messe en Si est l’œuvre de toute une vie. Bach a commencé à la composer en 1724 pour l'achever plus de vingt années plus tard, à la fin de sa vie, en 1749. Paradoxalement, pour le fervent luthérien qu'était Bach, cette Messe en si est en latin, et non en allemand. Toutefois, le Kyrie et le Gloria sont bel est bien présents dans la liturgie luthérienne.

L'Orchestre Philharmonique de Radio France est un ensemble réputé pour son éclectisme. Ses programmes vont du baroque jusqu'au contemporain, et il entre dans ses missions d'être capable de jouer dans tous ces répertoires. Et lorsqu'on lui adjoint un spécialiste du baroque comme Leonardo García Alarcón, artiste en résidence cette saison, on a tous les ingrédients d'une soirée réussie.

Et dès le début, trotte le sentiment que quelque chose d'à part va se produire. Le concert commençant en effet dans une salle plongée dans le noir complet ! L'imploration du Kyriegagne ainsi en mystère et en profondeur, on implore Dieu humblement dans l'obscurité avant que la lumière soit. Et comme il se doit, lorsque le Gloria commence, la lumière divine fait irruption. Une lumière qui se teinte de plusieurs couleurs selon la teneur des paroles, tantôt rouge, tantôt bleue, tantôt jaune. Il s'agit là d'un procédé efficace pour éclairer le texte.

Le Chœur de Radio France va exceller tout au long de cette soirée, avec une densité, une clarté et un engagement de tous les instants. Chaque pupitre gardant son équilibre et faisant vivre la polyphonie dans une aveuglante clarté. Alarcon n'a pas son pareil pour illustrer la merveilleuse horizontalité de la musique de Bach. Dans tous les moments glorieux offerts par cette partition, retenons la ferveur du Cum Sancto Spiritu ponctuant la première partie dans une lumière jaune irradiante. De la vie, du dynamisme et de la clarté.

Du côté des solistes, saluons également l'excellence. Tout d'abord de la Soprano Mariana Flores qui dès le Kyrie fait montre de toutes les couleurs de son timbre, de sa présence jamais démentie qui occupe la scène, et de son impeccable prosodie. La mezzo Marianne Beate Kielland se joint à elles avec ses graves profonds. Le contre-ténor Paulin Bündgenfait pour sa part profiter de son timbre haut perché mais tellement juste, notamment dans Qui sedes ad dexteram Patris, en duo avec le hautbois d'amour, puis dans un merveilleux Agnus Dei. Le ténor Julian Prégardien, se démarque quant à lui dans le Benedictus, chanté par cœur avec assurance et tact, offrant un parfait confort d'écoute avec son timbre chaud et son excellente prononciation. Le baryton-basse Andreas Wolf s'illustre enfin dans Quoniam tu solus sanctus. Beaucoup d'autorité, de profondeur. Un timbre assez chaud, une diction impeccable et un réel sens du rythme.

N'oublions pas enfin de dire du bien de l'Orchestre. Notamment dans l'immense fugue du Et resurrexit. L'accompagnement sans faille de bout en bout, avec des couleurs ornementales toutes plus belles les unes que les autres. Mais aussi, les interventions des divers solistes, avec en premier lieu Ji Yoon Park, le premier violon solo de l'orchestre.

Enfin, le chef, Leonardo García Alarcón, qui fait vivre cette musique comme une évidence révélée. Avec des tempi assez lents afin de laisser une véritable respiration et de permettre une réelle immersion dans la musique. Pas un instant, l'attention de l'auditeur ne se perd. Bien au contraire, à chaque seconde, le chef pointe quelque chose de fondamentalement passionnant dans cette musique et en révèle des beautés insoupçonnées. Il est tellement absorbé à sa tâche qu'on le remarque parfois lui aussi chanter !(Et apostolicam Ecclesiam).Dans certains passages, il expose la gloire transcendante de la musique sacrée. Dans d'autres, il émeut aux larmes (Crucifixus). Et en un mot, il apaise. 

Concert disponible à l'écoute sur le site de France Musique (et en vidéo !)
 
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